Soliloque de l’électeur réformiste

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L’Union, il connaît. Il a toujours voté à gauche, plutôt PS, dans des coalitions qui allaient du rose au rouge. Mais cette fois, ça coince. La gauche radicale domine la coalition et il n’aime guère Mélenchon qu’il trouve brutal et encore moins son programme, qu’il tient pour inapplicable. Dilemme…

En apparence, le choix est pourtant simple : NUPES d’un côté, centre-droit, droite ou extrême-droite de l’autre. Il se sent de la famille, même si elle s’égare. Alors NUPES ? Ce sera sans doute son choix, in fine. Mais que de questions !

La guerre fait rage en Ukraine après l’agression poutinienne. Faudra-t-il refuser de livrer des armes à l’agressé, comme le dit LFI ? Ou plutôt comme le disait LFI : Mélenchon a botté en touche en expliquant que le Président de La République dirige la politique étrangère, hommage singulier à la monarchie républicaine… Si Macron persiste dans son soutien militaire à Zelensky, le gouvernement NUPES le suivra-t-il, par exemple en votant les crédits nécessaires ? On verra, dit Jean-Luc… Un peu flou, non ?

Craignant Poutine, les pays de l’est en appellent à l’OTAN. Faut-il néanmoins en sortir, comme le demande LFI ? On verra, dit Jean-Luc. Mais à terme, alors que l’Europe ne peut se défendre toute seule et que les décisions sont urgentes, on sortira ? On verra., dit Jean-Luc Un peu flou, non ?

Dans son programme, le PS prévoyait 50 milliards de dépenses supplémentaires, les Verts une centaine environ. Nous voici passés à 250 milliards, sans explication, sinon la nécessité de s’allier avec LFI. Quand on pose des questions, c’est qu’on est de droite. De toutes manières, explique LFI, plus on dépense, plus le PIB augmente et plus les recettes fiscales sont abondantes. Un peu productiviste… Et si les taux d’intérêt augmentent, et si le déficit extérieur se creuse ? On verra, dit Jean-Luc. Un peu flou, non ?

Certains – des agents de l’oligarchie – remarquent que si cela était vrai, la France, championne des déficits, devrait être championne de la croissance. D’ailleurs, il ne devrait plus y avoir de déficit, puisque les dépenses produisent des recettes supérieures. Pourtant ce déficit persiste et s’accroît, chacun le voit. Appliquera-t-on ce programme ? Bien sûr que non, répond Yannis Varoufakis, caution de la gauche radicale en Europe, commentant la situation française dans Libé. Bien sûr que si, dit LFI, qui a tout calculé au quart de milli-poil. On verra, dit Jean-Luc. Un peu flou, non ?

En fait, il y a une vraie réponse à ces questions, qui, elle, n’a rien de flou : Mélenchon ne sera pas Premier ministre et la gauche ne gouvernera pas. Alors quelle importance ? Mendès aurait dit que dans l’opposition, on doit proposer des mesures réalisables. Mendès-France ? C’est qui ?

Alors ? Alors notre électeur réformiste votera quand même NUPES, parce l’union réveille une certaine fierté à gauche, ce qui est incontestable et parce qu’il faut bien une opposition dans le pays, qui ne soit pas celle de l’extrême-droite. Par fidélité familiale donc, ou par réalisme électoral, comme on veut, il votera pour l’union.

Mais quelle union ? Celle de LFI, ou bien une union plus équilibrée, avec une aile réformiste ? Ce sera la question posée, dès lundi matin.

Laurent Joffrin

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